Au printemps 2016, j'ai dit à ORIE : « Installons la galerie ici, chez nous. Je ne veux pas nous encombrer d'un local hors de prix en ville alors que nous n'avons ni produits à vendre, ni clients, ni point de vente, ni réputation, et absolument aucune compétence pour gérer une galerie. »
Elle a répondu : « Mais avec mon sourire et ma détermination coréenne, on y arrivera » — Évidemment ! Nous avons donc décidé de lancer la galerie ici même.
Préface
On est le 15 décembre 2015, dans un local du Grund inaugurant une nouvelle galerie, une quarantaine de personnes sont là avec une coupe de champagne, quand trois femmes rentrent dans la galerie : la femme au milieu est d’apparence asiatique, elle paraît déterminée, et se dirige vers le galeriste interloqué. La femme s’adresse à lui d’une voix audible par tous: « Nicolas, tu m’as volé cette galerie et tu mérites plus que ce que je vais te donner »
Elle lui donne une gifle magistrale, ses lunettes volent dans la pièce, et la femme et ses deux amies sortent dignement au milieu des cris d’orfraie des spectateurs stupéfaits. Sa colère est dissoute.
Cette gifle est l’acte fondateur de cette galerie ci, Artskoco, créée quelques mois plus tard. La femme asiatique c’est Orie bien sûr, le galeriste est le triste sire qui s’était approprié la galerie qu’ils devaient créer ensemble.
Orie est une artiste d’art lyrique, mais elle voulait créer une galerie pour promouvoir les artistes Coréens émergeant en plus de ses activités culturelles coréennes. Moi, j’étais un ingénieur aérospatial, conscient de la détresse de son épouse . Suite au fiasco de décembre, au printemps 2016, je lui ai dit : Faisons cette galerie ici, à la maison, car je ne veux pas me mettre sur le dos un local hors de prix en ville, alors que nous n’avons ni produit à vendre, ni client, ni lieu de vente, ni notoriété et aucune compétence.
Elle m’a répondu « mais avec mon sourire et ma détermination coréenne nous y arriverons », évidemment ! Nous avons donc décidé de lancer cette galerie ici.
Entre temps, le triste sire lui a fait un procès au pénal, réclamant 160,000 Euros pour sa réputation et son ego froissés, sans jamais oser se présenter devant la juge. Son avocat a obtenu 5 euros, une autre gifle symbolique, qu’Orie n’a d’ailleurs pas payé. La galerie du bonhomme a sombré et fermé quelques mois plus tard.
Nous avons démarré le 20 septembre 2016, puis enchainé les participations à la Luxembourg Art Week, et au total plus de 90 événements à la galerie et hors-galerie, au Luxembourg, en Suisse, en France en Belgique et même en Corée, pour présenter plus de 60 artistes, dont plus d’un tiers, parmi les meilleurs sont représentés ce soir.
Lors de la fermeture du Covid en 2020 et 21, nous avons fait la formation pour obtenir une licence de Café et débit de boisson, et nous sommes transformés en traiteur de plat coréens préparé par Orie et livrés ici ou chez les clients, ce qui nous a permis de survivre et rebondir depuis.
Parlons des artistes, y a-t-il un caractère commun spécifiques aux artistes coréens ?
Je n’aime pas les généralisations toujours essentialistes et généralement porteuses de préjugés, je vais juste pointer les critères de choix qui nous guident pour les artistes présents ici et se retrouvent souvent avec les artistes coréens : Le travail minutieux, souvent épuisant, inégalable, irréplicable, ou rattaché à une tradition proprement Coréenne, à une inspiration puisant sa source dans l’expérience de la méditation, dans le croisement des philosophies d’Asie et d’Europe.